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– Vingt siècles d’invasions

(Extrait du Cahier du District d’août 1993 de J.C. CARNOYE)

En raison de l’alliance avec les Romains, au 1er siècle, les légions romaines passèrent plusieurs fois leurs quartiers d’hiver sur le territoire des Rêmes. Il fallait alors fournir fourrages, grains et nourritures diverses. Dans les siècles qui suivirent, les armées romaines stationnèrent encore.

Le IIIème siècle est marqué par les invasions et les ravages des Barbares, les Francs plusieurs fois, les Goths, les Alamans, les Burgondes, les Sarmates (259/260 – 261/262 – 269/270 – 273/275). Parfois, sévissaient des bandes de « déracinés » peu nombreuses, qu’accompagnaient femmes, enfants et troupeaux, plus ou moins armées. Parfois, c’étaient des bandes de brigands plus organisées et mieux armées qui détruisaient et rançonnaient les campagnes.

Guerriers Francs

Guerriers Francs

Il est certain que dans nos communes à l’époque, des prisonniers Francs, Sarmates ou Goths entre autres, furent installés dans des endroits à défricher et à valoriser tout en étant astreints au service militaire, occasionnellement les Barbares devenaient colons. « Sarmates » a donné le nom de Sermiers, « Goths » le nom de Gueux. Dans les années 400, ce furent de nouveau les Vandales alliés aux Alains et aux Suèves qui submergèrent le pays.

En 451, ce sont les Huns (Attila) qui firent des incursions dans la région. Aux 5ème et 6ème siècles, il y eut certainement d’autres attaques, mais à cette époque de barbarie, les clercs savaient à peine écrire, on a donc peu de renseignements sur les événements de cette époque. Dans les années 880 et les suivantes, les Normands passent dans la région : meurtres, destructions, pillages. Les « Vikings furent relayés par les Hongrois encore plus féroces ».

Dans les années 1350, des bandes de « routiers » ravagent les compagnes. Les bandes étaient au service des Anglais, elles s’emparaient par surprise d’une place gardée, s’y installaient, mettaient le pays en coupe réglée. Les bandes de Robin l’Escot et d’Eustache d’Auberchicourt opérèrent dans la région. La ville de Reims est alors « pleine de réfugiés, on y campe partout », derrière les murs des nouvelles fortifications à peine terminées. En 1359, les Anglais font eux-mêmes le siège de Reims.

Les troupes du Prince Noir tiennent notre secteur, il était stationné à Villedommange, d’autres troupes étaient à Saint-Thierry. Elles pouvaient donc envoyer des détachements loin de leurs positions pour « ramasser » tout ce qu’ils trouvaient : nourriture, vins, objets divers de pillage, « laissant ruines et cendres dans les villages mis à sac ». La légende veut que, lors d’un mas­sacre dans l’église de Rosnay, l’officier anglais, qui le commandait, sortit au galop de l’église et s’écrasa sur les murs situés en face à cette époque. Reims résista jusqu’en 1360. De nouveau, vers 1370 (73/80), les colonnes anglaises défilent sous les murs de Reims, ce qui sous-entend qu’elles ravagent les campagnes environnantes.

Nos villages subirent encore les conséquences de la guerre au début du XVème siècle, même après le passage de Jeanne d’Arc dans la région. Ce n’est qu’en 1435 que les troupes royales nettoyèrent la région des routiers.

Au XVIIème siècle, la période noire fut celle de la guerre civile née des guerres religieuses. 1649, 1650 et 1652 furent des années terribles, non seulement des troupes étrangères mais aussi des « troupes amies » « semèrent » la désolation. La Révolution (voir « Aspects de la Révolution dans le district de Gueux, publié en 1989), n’a pas eu de conséquences dra­matiques dans nos communes. Ce qui n’a pas toujours été le cas pour les habitants de la ville.

En 1814, au moment de la bataille de Reims, les troupes russes, les Cosaques en particulier, firent des incursions dans les villages lors de leurs passages. Gueux, par exemple, eut son église ancienne incendiée et détruite.

Guerre de 1870

Guerre de 1870

En 1870/1871, les troupes allemandes occupèrent Reims qui devient le siège du Gouvernement pour 5 départements, l’occupation dure 20 mois. Les habitants des villages sont alors sou­mis aux livraisons de boissons, de nourriture, de chevaux…

Les actions des francs-tireurs sont signalées dans la région. Dans « Les aventures des francs-tireurs de la Champagne 1870/1871 « , souvenirs du Capitaine Lange, il est fait état d’une sérieuse résistance qui s’organisait dans la région de Reims. « Les Prussiens connaissaient l’existence de francs-tireurs armés et de dépôts d’armes pour la formation de compagnies de volontaires dans les cantons de Châtillon et de Ville-en-Tardenois ». Mais l’histoire célèbre du Curé de Cuchery, fusillé après dénonciation, est typique de cette époque trouble (sur laquelle on a, du reste, peu de documents). Elle montre que le recrutement et l’organisation des francs-tireurs furent extrêmement difficiles, souvent impossibles à cause des dénonciations.

Poilu de 14-18

Poilu de 14-18

La guerre 1914/1918 fut un désastre pour l’ensemble des communes du district. Si, en 1914, les Allemands passèrent en août, occupèrent la région, exigeant pain, viande, avoine, paille, foin, légumes et boissons, ils la quittèrent en septembre après la bataille de la Marne et le front s’installa au Nord de Reims. Nos villages servaient de zone de repos pour les combattants essentiellement. Il arrivait que certaines communes soient bombardées par l’artillerie lourde des Allemands (Gueux, Muizon). L’existence de l’artillerie lourde sur voie ferrée entre Rosnay et Muizon en était la cause.

L’existence aussi du camp d’aviation de Rosnay sur le plateau entre Rosnay et Treslon au-dessus de Courcelles, causait des bombardements d’artillerie. C’est là qu’opérèrent pendant un temps les héros de l’aviation : les Guyemer, Navarre… pour les plus connus. Il faut savoir que de ce terrain d’aviation partit dans la nuit du 1 er au 2 juillet 1916, 4 équipages qui effectuèrent un des premiers (sinon le premier) bombardements de nuit (et par la suite d’autres), les 4 avions de l’escadrille 210 réussirent à bombarder la gare de Laon à 15 km à l’intérieur des lignes ennemies. C’est en mai 1918 que de violents bombardements détruisirent les villages, surtout ceux situés au Nord de la ligne Ormes-Vrigny. Le site de Vrigny a joué un rôle essentiel dans la défense de Reims. Les effets de ces destructions massives d’une gran­de partie des villages furent néfastes pour la suite. La politique des dommages de guerre qui pouvaient être transférés dans d’autres régions a contribué au déclin de certains villages. (1) (2)

La guerre 1939/1945 n’a pas eu les conséquences aussi dramatiques que celle de 1914/1918. Les habitants des communes du district ont subi le sort des Français de la zone occupée. Le train de munitions qui explosa à Muizon fit des dégâts relativement importants en 1944.

En ce qui concerne la résistance, il faut savoir que, dans le secteur de Gueux, il y eut des actions. Dans plusieurs villages, la résistance sous toutes ses formes (renseignements, aides à diverses actions) s’est manifestée. S’il est parfois délicat d’en parler encore actuellement, nous citerons d’abord un fait écrit dans « l’Histoire de la Résistance ». Une équipe du B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) était localisée à Gueux, et dans plusieurs villages des environs, l’équipe « Voltaire ».

Des armes et des explosifs ainsi que divers matériels de sabotage ont été parachutés et entreposés (particulièrement à Rosnay). Si une partie des parachutages fut prise par les Allemands, d’autres réussirent à être diffusées à Reims et même jusqu’en Saône et Loire. Le responsable Pol Poncelet d’abord, puis cinq membres de l’équipe furent pris et déportés : M. Couët, E. Schmitt, E. Sirot, J. Gadiot et L. Vély. Seuls E. Schmitt et L.Vély revinrent des camps de concentration. D’autres membres purent s’échapper et se cacher.

Il faut aussi signaler que, lors de la libération en 1944, le dernier chef du C.D.L.R. de Reims, le Colonel Bouchez, eut son P.C. dans les installations souterraines du circuit de Gueux.

(1) D’après E. KALAS, les statisticiens établissaient que l’invasion de 1914 était la 45ème que subissait la Ville de Reims depuis les temps historiques.
(2) En 1993, il existe encore des familles qui logent dans les « préfabriqués « provisoires, installés en 1919 et 1920.


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