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– Cartes postales ancien château de Sapicourt et dépendances

  • Le château de Sapicourt a été acheté dans les années 1890-1895 par M. le docteur Lüling (1859-1950) des champagnes Heidsieck & Cie, à la famille Freymin de Sapicourt. Le docteur Lüling l’a alors considérablement agrandi et rénové.
  • C’est au château qu’eut lieu en 1906, le mariage de la veuve d’Alphonse Allais avec le fameux Maurice Bertrand, en présence de Georges Victor-Hugo (ne pas confondre avec Victor Hugo qui est mort le 22 mai 1855) et d’Alfred Capus, directeur du Figaro.
  • Pendant la guerre 14-18, il a été utilisé en hôpital de 1ère ligne. Il a été sous le contrôle des Français puis des Allemands. Fortement endommagé à l’explosif par les Allemands lorsqu’ils en partirent en 1918. Il fut ensuite totalement réparé. Dans les années 1950, lors de la succession Lüling, il a été démoli et revendu en matériaux de construction. Il n’en reste donc plus que quelques dépendances (Orangerie et bouverie en particulier, transformées en habitations).
  • Les extraits de « Route sans horizon » de René Chambe, et de « Missions spéciales » de Jacques Mortane, sous les reproductions des cartes postales en bas de page, mentionnent le château comme hôpital de guerre lors de la guerre 1914-1918.
(Cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

Extrait de « Route sans horizon » de René CHAMBE

L’indulgence du commandant de Rose avait eu l’occasion de s’exercer à mon égard plusieurs fois en diverses circonstances, dont celles que voici : Ce jour-là, nous étions partis en vol, Navarre et moi, Navarre comme pilote, moi comme observateur et tireur, à bord du Morane -Parasol matricule 122, appareil vénéré, deux fois victorieux. Mission : chasse-surveillance. Durée : une heure trente. Altitude: 3000 m au-dessus de Reims, de Berru et de Brimont.
Temps: ciel un quart couvert, c’est-à-dire très beau temps. Quand on partait avec Navarre, on ne savait jamais si c’était pour le ciel ou pour l’enfer. En tout cas, ce qu’on savait en toute certitude c’était qu’avec son humeur capricieuse et fantasque, il fallait s’attendre à des sensations fortes. Cela n’était pas pour déplaire aux jeunes officiers assez casse-cou que nous étions, volontaires pour l’aviation. Tous cavaliers. On rivalisait pour sortir avec Navarre. Si l’on aimait les émotions violentes, on était sûr d’être servi; sûr, en cas de rencontre, de pouvoir y aller et à fond, Navarre ne mollirait pas, il l’avait prouvé. Sa devise personnelle n’était-elle pas peinte sur son fuselage en latin de cuisine : Non mollire ? On savait que Navarre, avec son grand nez en coupe-vent, irait, s’il le fallait, jusqu’au corps à corps, jusqu’à la collision. Rien ne l’arrêterait. Ses yeux ne cilleraient pas sous une giclée de balles.
Il s’agissait pour le tireur de tirer le premier et d’abattre l’adversaire en quelques balles. Navarre a été l’homme de la guerre de 1914 un peu fou, peut- être, mais le plus déterminé, le plus courageux que j’aie jamais connu. Avec lui, on avait confiance.
J’en étais là de mes méditations, lorsque le Morane avait brutalement décroché. J’en avais eu le souffle coupé. Non prévenu, j’aurais pu être balancé dans le vide. Heureusement, j’avais pu me retenir d’une main à un mât de cabane. Au fond, c’était de ma faute, j’avais négligé de boucler ma ceinture, mais tout de même… sacré Navarre ! A cette époque, en temps de guerre, le confort à bord des avions était le cadet des soucis des constructeurs et des ingénieurs. La puissance des moteurs était si faible qu’on sacrifiait tout à la légèreté. On volait sur de véritables papillons ou libellules, qui aujourd’hui encore, même en carte postale, font frissonner. A bord, l’équipage se casait n’importe où ! Encore bien beau que l’avion eût la force de l’emporter! Si le confort était négligé, la sécurité ne l’était guère moins. Elle était à peine honorée. Je venais une fois de plus de l’éprouver, l’équipage était à l’air libre, sans la moindre défense contre les perturbations, les remous… et les fautes de pilotage. Le passager n’avait même pas de pare-brise, il avait le visage directement dans le lit du vent. Il s’abritait tant bien que mal derrière le dos du pilote. Dans les tourbillons, c’était une gageure.
Mais que signifiait la brutale abattée du Morane ? Navarre aurait-il aperçu quelque chose que je n’aurais pas su voir, un Boche par exemple ? D’un poing interrogateur j’avais bourré le dos de Navarre. Sa réponse par geste avait été sans équivoque: non, il n’avait rien vu, mais il en avait marre, marre de tourner ainsi en rond depuis une heure à 3 000 m au-dessus de Reims et des forts de Berru et de Brimont, sans jamais rien voir, alors on regagnait la terre ! Il en avait ainsi décidé sans même me consulter, ce qui était une faute contre la discipline.
Pour Navarre, regagner la terre, cela voulait dire plonger vers le sol et rentrer à l’escadrille en rase-mottes, à un mètre de haut, en fonçant sur tous les obstacles rencontrés, jusqu’au dernier centième de seconde avant la collision, les éviter alors en tirant sur le manche à balai au ras de la tête, lorsqu’il s’agissait d’humains, surpris à travers champs, ou mieux encore de colonnes de troupes en déplacement sur route: infanterie, cavalerie, artillerie, ou même voitures. Tout était bon pour Navarre ! C’était chaque fois une jolie corrida au milieu de cris et d’invectives. C’était formellement interdit. Il y avait eu des plaintes jusqu’à l’échelon de l’armée. C’était en effet un sport stupide. Alors maintenant, Navarre, sauf quand il était surexcité comme aujourd’hui, se contentait de sauter les murs et les haies. Du moins en zone française. Car en zone allemande… il en allait tout autrement.
J’avais pu en juger une fois.
Ce jour-là, nous avions plongé, sauté les tranchées au ras des parapets (aux applaudissements des fantassins, toujours friands de ce spectacle), pour aller mitrailler les tranchées allemandes et parfois au-delà, histoire de faire un petit tour et quelques cartons à coups de carabine ou de Lewis, avant de rentrer au terrain de Rosnay.
Nous volions depuis un quart d’heure en intégral rase-mottes. Navarre, malgré l’interdiction rappelée par note de service, n’avait pu résister à la tentation de foncer sur un groupe d’une vingtaine de fantassins cheminant sans défiance sur la petite route de Rosnay à Muizon, autant dire dans nos murs, car nous la parcourions souvent à pied, cette petite route, pour nous rendre de notre cantonnement au terrain de l’escadrille. Nous allions atterrir. Bien entendu, les fantassins, voyant l’avion leur arriver dessus à hauteur de poitrine, n’avaient pas hésité à exécuter avec un ensemble parfait un magistral plat ventre. Toute la joie de Navarre. Le sergent qui les accompagnait ne manquerait pas de faire son rapport. C’était une incartade stupide dont, de toute façon, je serais responsable, étant à bord le plus élevé en grade. Cela ne se discutait pas. Aussi, avais-je envoyé un vigoureux coup de poing dans le dos de Navarre, le rappelant à la réalité.
Cinq cents mètres plus loin, soudain, d’un champ de luzerne, s’était envolée une outarde canepetière (appelée aussi poule de Carthage ). C’était un gibier rare. Effrayée par le bruit du moteur, elle s’était levée presque sous nos roues, à droite du fuselage. Navarre, tournant la tête à gauche, n’avait pu la voir. Réflexe de chasseur , je frappai à coups répétés sur son épaule droite et lui criai dans l’oreille ( selon la méthode de signalisation en vigueur depuis déjà longtemps à la M.S. 12. Là aussi, nous étions des précurseurs ) :
– Une outarde à 3 heures !
Réflexe malheureux, qu’il aurait fallu, au contraire, retenir à tout prix étant donné l’état d’excitation de Navarre.
Je le compris à l’instant même. Mais l’instant même c’était déjà trop tard. Oubliant qu’il était si près de terre, Navarre avait exécuté un virage à la verticale comme s’il avait été en plein ciel. L’aile avait touché le sol et s’était brisée avec un fracas sinistre. L’avion avait culbuté en plein vol et, poursuivant sa course la tête en bas, était allé s’écraser deux cents mètres plus loin, au milieu d’un nuage de poussière. Déjà de toutes parts des gens accouraient, éperdus. Parmi les tout premiers les quelques fantassins que nous venions incongrûment de charger en rase-mottes et qui sans rancune se précipitaient à travers champs, pour venir secourir l’équipage. Peine inutile, de toute évidence il y avait deux morts à bord, Navarre et moi, sous les débris de l’avion en miettes, écrasé en pleine vitesse. Un tel accident ne pardonnait pas !
Je n’étais pas sous les débris, mais à plus de cinquante mètres. J’avais été violemment vidé en l’air par la culbute du Morane. J’avais fermé les yeux, pour ne pas voir le sol m’arriver dessus à deux cents à l’heure, se jeter sur moi pour me briser ou m’assommer. J’avais conservé toute ma lucidité, l’épaule gauche, ayant supporté le choc, était vibrante de souffrance. En revanche, je ne me doutais pas, à cet instant, que j’avais la cuisse droite ouverte comme d’un coup de rasoir du genou jusqu’à la hanche, sur la face externe heureusement. Je ne sentais absolument rien. De la plaie coulait une nappe de sang. On saurait plus tard que c’était la ferrure du pivot de mitrailleuse fixé à l’arrière qui m’avait ainsi déchiré au passage.
Je m’étais relevé et courais vers l’épave, en hurlant, Navarre ! Navarre! sûr que lui, il s’était tué.
Le fuselage, renversé roues en l’air, avait tracé un long sillon dans la jachère. Toutes les superstructures avaient été écrasées, laminées. Le pare-brise du pilote, dont la faible saillie aurait pu être pour Navarre un moindre secours, avait disparu. L’ouverture donnant accès au poste de pilotage était hermétiquement close par le contact avec le sol, formant couvercle. Navarre était là-dessous, normalement décapité, la tête arrachée par la glissade.
J’étais incapable, à moi seul, de soulever le fuselage. Il y faudrait plusieurs hommes. J’appelais toujours, d’une voix devenue rauque par le désespoir et la terreur: Navarre! Navarre !
Mais rien! Le silence. ..
Si! Tout de même! Il m’a cette fois semblé entendre, j’ai entendu sûrement, comme un grognement étouffé. Puis, des mots séparés provenant d’une voix souterraine : – Oui, je suis.. là… sortez-moi… vite… je crois que je n’ai… rien…
Miracle! Navarre est vivant! J’ai frappé, en criant comme un fou, sur la toile du fuselage que je suis bien incapable de relever tout seul.
– Oui… oui… ça va ! On arrive! On arrive !
On arrive en effet. Déjà les premiers fantassins sont là. Je leur crie :
– Navarre est là-dessous ! Vite, vite, aidez-moi !
Au seul nom de Navarre, c’est l’affolement. Navarre est célèbre dans toute la Vème armée. Ses treize victoires aériennes, dont dix à Verdun, autant que sa façon de venir sauter les tranchées au ras du sol, l’ont rendu populaire.
En dix secondes le fuselage est relevé, remis à l’endroit, debout sur ses roues. Navarre était resté attaché sur son siège. Il avait instinctivement enfoncé la tête dans les épaules, lorsque l’avion avait culbuté, ce qui l’avait sauvé.
Certains souvenirs, certaines images de cet instant me sont restés très vivants dans la mémoire : Navarre sautant sur le sol et faisant tourner ses bras pour se prouver qu’il n’avait rien de cassé, puis se passant une main dans sa chevelure pleine de terre et disant avec son ton de gouaille habituel :
– La garce, elle m’a brossé au ras du crâne ! y a pas mieux comme salon de coiffure! Mais j’étais pas client, même gratis. Du moins pour cette fois, on reverra ça à la prochaine !
Puis, se tournant vers les fantassins médusés par un tel sang-froid, il avait ajouté :
– Pour vous autres, merci les potes ! On se connaît depuis longtemps, alors sans rancune, n’est-ce pas ?
Mais s’avisant de ma jambe gainée de sang, il avait eu comme un hoquet :
– Mais… vous, mon lieutenant, vous êtes amoché ! Et drôlement ! Faut vite vous faire un garrot. Yen a bien un parmi vous qui sait faire un garrot, non ? Le sergent d’infanterie s’était avancé :
-Ah! vous êtes officier, je ne savais pas, excuse, ça ne se voit pas. Moi, j’ai été infirmier. Vous allez voir, donnez-moi votre mouchoir, ça sera vite fait !
En dix secondes ma culotte n’avait plus eu de jambe droite, plus de leggins, plus de chaussure. Moins d’une heure après, nous étions couchés dans une chambre de l’ambulance chirurgicale du château de Sapicourt, une chambre que nous connaissions bien. Sapicourt était à 3 km de notre terrain d’escadrille. Nous y étions venus plusieurs fois rendre visite à des camarades blessés, malades ou accidentés. C’était bien cette fois notre tour !
 

   Extrait de « Missions spéciales » de Jacques MORTANE.

La même aventure décrite par Jean Navarre

 

Trois jours après ma seconde mission (spéciale), n’ayant pas de travail dans les airs, j’avais décidé le lieutenant observateur Chambe à m’accompagner à la chasse aux canards.
Mais nous voulions la faire d’une façon originale, pas comme tout le monde. Puisqu’il n’y avait pas d’oiseaux ennemis à abattre nous allions employer notre avion contre une autre espèce de gibier.
Nous partons en rase-mottes à la recherche de nos hypothétiques victimes. soudain, nous apercevons un magnifique canard. Nous fonçons. Chambe se dresse pour tirer par-dessus le plan du parasol.
Au moment où il va nous servir de cible, notre sacré canard fait un virage à angle droit, selon l’habitude de ces animaux. Enthousiasmé par ce nouveau genre de sport, je regarde le volatile – dame! – et ne songe pas à observer la terre. Ah cette maudite bête a fait un virage à angle droit. Eh bien moi aussi, je sais en faire. Et j’en effectue un aussitôt.
J’avais oublié – simple détail -que le canard avait de petites ailes et que les miennes étaient grandes. Je revins à la triste réalité : l’une d’elles touche le sol. Brusque secousse. Je coupe en hâte et me retrouve à terre avec de l’essence plein la figure.
J’appelle Chambe. Pas de réponse. Emoi Je soulève le fuselage et je sors de l’appareil étalé à plat sur le dos, la cabane supérieure écrasée. J’aperçois mon malheureux camarade à dix mètres de là dans une terre labourée où il gît avec une jambe foulée.
Réception peu chaleureuse au retour, vous le pensez. Si encore on avait eu le canard ! L’affaire prit de vastes proportions. On en jasa, oh! oui ! Le commandant Tricornot de Rose, furieux à juste titre, me menaça de m’envoyer dans une escadrille de réglage. Tout, mais pas ça ! Et les ennemis s’obstinaient à ne pas me fournir l’occasion de me refaire une virginité. On n’en voyait nulle part.
– Puisque je ne puis pas combattre, dis–je à mon vénéré chef, envoyez-moi encore en mission spéciale. Je tâcherai d’obtenir ainsi mon pardon.
Ma proposition fut acceptée. J’en étais heureux.

 

 



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